Think • Stimulate • Bridge

Search form

Newsletters

OCP Policy Center’s blog is an open debate and exchange platform where experts share comments, reviews, analyses, charts, opinions and facts related to the Think Tank’s programs and research topics.

 

Le Nigéria, acteur incontournable de l’Afrique de l’Ouest

Mokhtar Ghailani | Posted : February 19, 2018

 « Malgré le chaos ambiant, le Nigéria est, sera et restera la première puissance africaine, des points de vue démographique, économique et politique » : tel est le diagnostic porté sur ce géant de l’Afrique de l’Ouest par Benjamin Augé, docteur en géographie et spécialiste de la question de la gouvernance des secteurs pétrolier, gazier et électrique dans les pays africains. Il l’a partagé lors d’une conférence qu’il a animée le 12 février 2018 à l’OCP Policy Center, autour du thème « Diplomatie économique et politique: bilan des trois années au pouvoir du président nigérian Muhammadu Buhari et perspectives pour 2018". Benjamin Augé avait dans une note publiée par l’OCP Policy Center en décembre 2015, et intitulée « Le Nigeria : de Goodluck Jonathan à Muhammadu Buhari », analysé le retour au pouvoir de Buhari et les prévisions de son mandat. Dans cette conférence, il fait donc un premier bilan de cette présidence. 

S’il relève les dysfonctionnements et les faiblesses de ce pays, dus notamment aux lenteurs administratives, il recommande néanmoins au reste des pays africains, dont le Maroc, « de faire un effort pour voir le Nigéria comme une vraie chance pour l’Afrique». Et ceci d’autant plus que « la différence démographique, de réserves minérales, de dynamisme bancaire et d’industrie culturelle avec les autres pays africains ne va pas cesser de s’accroitre ».

Un positionnement diplomatique original

Une comparaison avec les autres puissances africaines autorise B. Augé à qualifier le positionnement du Nigéria sur la scène diplomatique internationale d’«original », en raison des prises de position d’Abuja qu’il trouve « très proches » de celles adoptées par les puissances occidentales. Il en donne pour exemple le débat au sujet de la Cour Pénale internationale : contrairement à beaucoup d’autres capitales africaines qui menacent de s’en retirer, arguant de l’acharnement de la CPI sur des leaders africains, les Nigérians souhaitent une réforme de l’institution. 

Les Nigérians ne cachent pas, par ailleurs, leur admiration pour le modèle américain. Tout en étant une ancienne colonie britannique, le Nigéria s’est en effet doté d’un mode fonctionnement calqué sur celui des Américains (un mandat présidentiel de quatre ans, renouvelable une fois, des gouverneurs élus, un sénat extrêmement puissant …). Parmi les autres traits marquants du positionnement diplomatique du pays, Benjamin Augé relève également le caractère décomplexé de ses relations avec la Grande-Bretagne. Sur le plan afro-africain, Abuja entretient des relations parfois difficiles avec les autres Etats du continent. Allusion est notamment faite aux tensions avec l’Afrique du Sud, donnant lieu, de temps à autre, à un rappel des ambassadeurs. 

Maroc–Nigéria : des relations à construire

En bon connaisseur du Nigéria, Benjamin Augé se fait l’écho de l’impact de la visite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI dans ce pays courant 2016 qui, dit-il, a été qualifiée de « réussie » par les milieux politiques et d’affaires du pays. Il affirme ainsi avoir perçu des signaux forts témoignant de la volonté des deux parties de renforcer leurs relations bilatérales. Parmi ces signaux, il citera l’échange de diplomates chevronnés entre Rabat et Abuja. 

Sur le plan économique, le conférencier s’est montré réservé quant au projet du Gazoduc devant relier le Nigéria au Maroc, pour cause de multiplicité d’acteurs et du coût trop élevé. Pour lui, « il s’agit d’un projet structurant et intéressant du point de vue géopolitique, mais qui est difficile à construire ». A ces facteurs liés au projet, s’ajoute, selon lui, une grande inconnue, à savoir la stabilité de la production du gaz dans la région du Delta où les rebelles sont très actifs.

Le verdict est tout autre pour ce qui est du projet relatif au phosphate (engrais) et à l’agriculture. C’est un projet beaucoup plus tangible, étant donné qu’il va concerner beaucoup plus de zones au Nigéria. Selon lui, les gouverneurs des zones intéressées par le projet pourraient constituer de bons relais pour les investisseurs marocains auprès des autorités fédérales. La priorité accordée par le président Buhari au secteur agricole constitue par ailleurs un autre élément qui milite en faveur de ce projet.

Du point de vue du conférencier, les deux pays ont tout à gagner à mieux se connaitre, moyennant ce qu’il appellera « un travail de pédagogie ». Plus concrètement, et côté marocain, cela passe par la déclinaison de la vision politique et économique du Royaume au profit des décideurs politiques et économiques nigérians. Selon lui, les échanges entre les patronats des deux pays, renforcés en 2017, méritent d’être intensifiés. 

Cet effort risque toutefois d’être quelque peu contrarié par le contexte de pré-campagne en vue des élections de février 2019, dans lequel le Nigéria est d’ores et déjà engagé. « Il y a très peu de chances à ce que des grandes réformes se fassent dans ce contexte », estime Benjamin Augé. C’est la raison pour laquelle il affirme ne pas attendre « grande chose » de l’année 2018. 
 

Comments Policy

Comments are welcomed and encouraged, but there are some instances where comments will be edited or deleted as follows. View our disclaimer and comment policy :
- Opinions expressed in the comments are those of the contributors alone;
- Comments deemed to be spam or questionable spam will be deleted. Including a link to relevant content is permitted, but comments should be relevant to the post topic;
- Comments including profanity will be deleted;
- Comments containing language or concepts that could be deemed offensive will be deleted;
- Comments that attack a person individually will be deleted.
This comment policy is subject to change at anytime.